La voix cachée ~ Parinoush Saniee

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J’ai lu de nombreuses critiques sur son premier roman, Le Voile de Téhéran, et pourtant j’ai voulu commencer ma découverte de l’écriture de Parinoush Saniee par La voix cachée. Je remercie vivement les éditions Robert Laffont qui ont eu la gentillesse de me le faire parvenir.

Résumé :

À quatre ans, Shahaab ne parle toujours pas. Pourquoi ? Personne ne le sait. Protégé par sa mère, Shahaab n’a pas conscience de sa différence et vit heureux. Puis il découvre que tout son entourage, y compris son père, le prend pour un idiot. Son monde de paix et d’harmonie s’écroule. Mais il est petit, il est mutique. Comment faire face à la violence psychologique dont il est victime ? Impuissant à se faire comprendre, submergé par une rage intense, il devient un véritable démon et commet les pires bêtises. Jusqu’à l’arrivée de sa grand-mère qui, en secret, à force d’amour et d’écoute, le délivre de sa colère et lui apprend à communiquer. Une histoire vraie racontée par Shahaab devenu adulte.

Mon avis : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

C’est un roman qui m’a attiré d’emblée. La couverture, le résumé me lançaient des signaux. Je savais que ce roman allait me plaire, que j’allais apprécier ma rencontre avec Parinoush Saniee et c’est ce qu’il s’est passé.

Shahaab est un petit garçon différent. Ce qui le caractérise, c’est sa manière de communiquer. En effet, Shahaab ne parle pas et s’il ne parle pas, c’est parce qu’il a peur. Son mutisme l’éloigne des gens. Or, c’est un moyen pour lui de se protéger, notamment de son père qui le rejette. Je me suis aussitôt attachée à Shahaab. C’est certainement une déformation professionnelle mais il m’a touchée. Ce petit garçon va grandir dans cette bulle où les mots  « débile », « anormal », « retardé » vont s’entrechoquer, si bien qu’il va finir par en prendre conscience lui-même. Tandis qu’autour de lui, personne ne remarque le potentiel de ce petit garçon, sa grand-mère maternelle trouvera les mots pour le convaincre qu’il est hautement intelligent.

Le récit alterne les voix de Shahaab et de Maryam, sa mère. Le concentré d’émotions et de sentiments qui naît de cette double narration est intense car l’auteure choisit de réunir les pensées de deux êtres lumineux pour raconter cette histoire pleine d’espoir et d’amour. En effet, Maryam est une femme qui m’a également beaucoup touchée. Nombreux sacrifices ont été nécessaires pour qu’elle en arrive où elle en est, notamment celui de quitter les siens, sa famille, et d’aller s’installer dans la ville de son époux, un homme qu’elle a pourtant épousé par amour. Si la tristesse se lit à travers les lignes de sa narration, on y décèle également tout l’amour qu’elle porte à son fils et la lutte qu’elle mène tous les jours pour prouver que son enfant est « normal ».

Parallèlement, on comprend qu’il n’y a que cet amour maternel qui permet à Shahaab de se sentir « normal », de se sentir valorisé. C’est ici que les enjeux de l’éducation familiale se confrontent. On se rend compte que les moindres faits et gestes de son père, son frère, sa sœur ou sa mère, impactent immédiatement Shahaab et son comportement, sa manière de vivre les instants, de se positionner ou de réagir. L’auteure développe avec beaucoup de psychologie ce côté de l’éducation. Car s’il n’y a pas de modèle pour éduquer ses enfants, c’est parce qu’il y a autant de manière de le faire qu’il existe de parents.

Dans ce roman, des thèmes qui semble propre à l’auteur et à son combat trouvent également leur place : le mariage arrangé, la liberté de la femme et la place de chaque homme et femme dans un pays encore animé par une police de moralité, la violence d’une religion très rigoureuse, l’humiliation pour ceux qui sortent du droit chemin, les interdictions,… Ce roman est empreint d’un grand combat pour la liberté d’expression, combat qu’on vit à travers le mutisme de Shahaab. Lorsque les mots s’échappent enfin de sa bouche, c’est une délivrance, un soulagement, une petite victoire pour l’expression.

♦ ♦

Un roman qui décrit une société iranienne encore sous le joug d’une moralité conservatrice et qui raconte l’histoire de Shahaab, un petit garçon réfugié dans le mutisme. Une histoire qui amène à se questionner sur les choix à faire en tant que parents dans l’éducation des enfants et sur l’impact que cela peut avoir sur eux. Un roman fort, émouvant et très beau ; vous l’aurez compris, La voix cachée a été une excellente lecture, frôlant le coup de cœur.

 

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9 commentaires sur “La voix cachée ~ Parinoush Saniee

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