Bande-dessinée - contemporain

A volonté. Tu t’es vue quand tu manges ? • Mathou et Mademoiselle Caroline

J’adore le travail de Mathou, qui m’accompagne d’ailleurs au quotidien grâce au Joyeux Journal mais j’avais eu de gros coup de cœur pour ces précédentes bandes dessinées (Et puis, Colette, Peurs bleues) alors j’étais impatiente de découvrir le fruit de sa collaboration avec Mademoiselle Caroline (La différence invisible).

« Avortez. », « Il va falloir faire un autre sport, votre fille n’est pas assez gracieuse pour la danse. », « On ne va pas avoir votre taille en rayon. », « T’as de la chance d’être grosse, au moins t’existes. »… Les journées de Mathou et Mademoiselle Caroline sont remplies de ces petites phrases, parfois anodines mais toujours assassines à propos de leur poids. Si l’une essaie désormais de s’accepter, l’autre fera toujours en sorte d’essayer de mincir mais ensemble, les deux autrices nous livrent leurs expériences et nous font prendre conscience que la grossophobie est un mal sociétal.

Le duo d’autrice/illustratrice s’attaque dans cette bande-dessinée à la grossophobie et à ce rapport parfois compliqué que l’on peut avoir avec notre propre corps. C’est vraiment avec lui qu’on est le plus en tant qu’être humain : notre corps. Parce qu’on ne lui laisse rien passer, que c’est dur de l’accepter, de le décomplexer ou encore de l’aimer. Armées d’humour, de sensibilité et d’intelligence, elles vont nous raconter, sur la base d’une journée, 24 heures de leur expérience, entre anecdotes vécues, ressentis personnels, sentiments mêlés et incitation à la réflexion.

Il n’est pas question ici, dans le discours de Mathou et Mademoiselle Caroline, de dire « ce n’est pas grave » parce qu’elles tentent de distiller un message de liberté. Libre d’aimer ou de ne pas aimer son corps, on peut aussi accepter de ne pas s’accepter. A plusieurs moments durant ma lecture, il m’a fallu encaisser certaines paroles, certains propos et notamment ceux de la part du corps médical. Révoltantes, il y a des phrases qui marquent et m’ont véritablement choquée parce qu’on ne s’imagine pas un médecin pouvoir tenir de tel propos grossophobes.

Notre rapport au corps, notre vision du corps est depuis très longtemps formatée par des jugements, des remarques dites sur le ton de l’humour qui font mouche. De la publicité pour le bikini body à vendeuse qui n’a en stock que du 36/28 ou encore la bonne copine heureuse d’avoir parmi son répertoire « une grosse tellement cool qui s’assume ». Des remarques blessantes, soi-disant bienveillantes et humoristiques, aux galères quotidiennes, cette BD a été un vrai coup de cœur. Sans donner de leçon de morale, elle nous amène à réfléchir à notre façon de nous voir, de voir les autres, de nous percevoir et de nous cacher.

Une bande dessinée bienveillante et douce qui amène à réfléchir sur notre rapport au corps et aux autres dans notre société. A travers des anecdotes vécues, des ressentis et des réflexions sociétales, le duo d’autrice/illustratrice signe un ouvrage nécessaire qui permet de prendre conscience de toute la dimension révoltante de ce qu’est la grossophobie.

2 commentaires sur “A volonté. Tu t’es vue quand tu manges ? • Mathou et Mademoiselle Caroline

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