Contemporain

Là où chantent les écrevisses • Delia Owens

Ce roman, j’ai envie de le lire depuis sa traduction française. Principalement parce qu’il fait partie de la sélection du bookclub de Reese Witherspoon. Mais c’est seulement après avoir vu le film que j’ai enfin pris le temps de me plonger dedans.

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

La fille du marais

Kya n’est qu’une fillette de dix ans lorsque tour à tour les membres de sa famille l’abandonne au cœur du marais de Barkley Cove, dans la petite cabane insalubre dans laquelle ils ont habité quelques années. La violence conjugale dont elle est victime aura fait fuir sa mère, puis ses frères et sœurs décident de prendre leur envol loin de cet environnement brutal et enfin, son père l’abandonne. Isolée du reste de la ville, élevée dans une bulle où la nature est omniprésente, sans jamais être allée à l’école, Kya n’a pour seule compagnie que les oiseaux et le marais, d’où les rumeurs qui vont alimenter au fil des années son surnom : elle est la fille du marais. Une personnalité qui captive, fascine, voire dégoute mais ne fait définitivement pas l’unanimité auprès des habitants de Barkley Cove. Au fil des pages, l’autrice dresse le portrait d’une fillette qui va grandir seule, apprendre à se débrouiller par elle-même, non pas pour vivre, mais pour survire au cœur de ce milieu hostile qui est un havre de paix pour elle. Jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Tate, de Chase Adams et jusqu’au drame.

Kya se rappela que sa mère l’encourageait toujours à explorer le marais :

« Va aussi loin que tu peux. Tout là-bas, où on entend le chant des écrevisses. »

(…) Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme vrais animaux.

Des personnages forts, à l’histoire déchirante

Une fois commencé, Là où chantent les écrevisses est un roman difficile à lâcher. Ce n’est pas tant son écriture mais davantage l’atmosphère qui y règne ainsi que les personnages qui finissent par définitivement captiver le lecteur. Kya est une jeune femme incroyable, bouleversante, prisonnière de sa solitude et victime de la violence des habitants de Barkley Cove pour sa différence. Ce rejet ne l’a isolé que davantage au fil des années et on a presque l’impression de rencontrer un chat sauvage, méfiant et peu assuré. Pourtant, auprès de Tate, tandis qu’elle découvre les pouvoirs de la lecture, elle va s’émerveiller et partir à la découverte un univers insoupçonné, qu’elle va lier à sa passion pour le dessin et la nature. Toute cette dimension a quelque chose de magique, d’ensorcelant, rendant compte d’un marais envoûtant et non effrayant comme son nom pourrait le laisser penser. Cela le rend aussi important qu’un personnage principal, tant ses descriptions sont immersives et magnifiques. C’est assurément la grande force de ce récit, de mêler la force de caractère de Kya à une nature hostile.

A ce moment précis, le vent se leva, et des milliers et des milliers de feuilles jaune de sycomores furent arrachées à leurs branches pour traverser le ciel. Les feuilles d’automne ne tombent pas, elles volent. Elles prennent leur temps, errent un moment, car c’est leur seule chance de jamais s’élever dans les airs. Reflétant la lumière du soleil, elles tourbillonnèrent, voguèrent et voletèrent dans les courants.

Une construction qui s’entremêle jusqu’au dénouement

En parallèle de cette ambiance, construite de façon à alterner deux temporalités, l’autrice nous embarque dans une intrigue à suspense : dans le passé aux côtés de Kya mais également dans le présent, tandis que la jeune femme qu’elle est devenue est menacée par des accusations de meurtre sur la personne de Chase Adams. Alors que ces deux temporalités s’entortillent l’une dans l’autre, on se doute, en tant que lecteur, qu’elles finiront par se rejoindre au moment du dénouement final. Un dénouement qu’on n’a pas envie de voir arriver tant on s’attache à ce personnage atypique, authentique, humain. Les dernières pages rendent compte avec beaucoup de justesse et de beauté d’une histoire déchirante, bouleversante et même révoltante, à certains moments. Ce roman est une véritable ode à la nature, au pardon et à l’amour, comme j’en ai peu lu dans ma vie de lectrice et il restera inoubliable.

Elle en savait plus que tout le monde sur les marées, les oies des neiges, les aigles et les étoiles, et elle ne savait pas compter jusqu’à trente.

Difficile de chroniquer un roman à l’histoire aussi belle que déchirante. La grande force de ce récit, ce sont ces deux personnages principaux et la façon dont l’autrice les a liés ensemble autour d’un drame : Kya, une personnalité aussi solitaire que lumineuse, et le marais, dont la nature hostile s’avère ensorcelante et apaisante. Véritable ode à la nature, Là où chantent les écrevisses est l’un des plus beaux livres que j’ai lu cette année.

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