No Home • Yaa Gyasi

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Ce roman est dans ma pile à lire depuis sa sortie, il y a un an maintenant. J’ai enfin pris le temps de l’en sortir, sa réédition au format de poche lui donnant une seconde vie. De plus, c’est un des romans en compétition pour le Prix Littéraire des Chroniqueurs Web 2017.

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Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.

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Un pari audacieux que celui de relier des générations sur trois siècles d’Histoire. Une lignée qui s’étire doucement durant près de 300 ans, d’un côté au cœur du Ghana, un pays ravagé par la guerre entre Ashantis et Fantis, par le commerce d’esclave et l’invasion des Anglais ; de l’autre, au milieu des plantations de coton et de canne à sucre dans les états sudistes d’Amérique. Le point de départ de cet ambitieux chef d’œuvre, deux sœurs qui ne se sont jamais vues ni connues : Effia et Esi, dont on va suivre les descendants, chapitre après chapitre.

Et dans mon village, il y a un dicton sur les sœurs séparées. Elles sont comme une femme et son reflet, condamnées à rester sur les rives opposées de l’étang.

Portant ce roman à bout de bras, on trouve des personnages battants, forts, abîmés par la vie et les souffrances de la guerre. Des personnages pourtant remplis d’espoir et de lumière qui nous éclaire sur ce qu’a été le quotidien dans des petits villages dont le pays fut soumis à l’esclavage durant des siècles. C’est une réelle prise de conscience sur le commerce d’esclave, sur la ségrégation et la traite négrière, sur l’exploitation et la dureté des conditions de vie de certains individus, ballottés dans des bateaux, traversant l’Atlantique, déracinés et exploités sur d’autres terres pour un labeur dont ils ne soupçonnaient pas la portée.

L’auteure réussit le pari de conserver sa propre histoire à chaque personnage, tout en le reliant finement à sa famille et ses ancêtres. La lignée familiale est traitée avec beaucoup de grandeur et montre à quel point les traditions et us africaines ont permis à certains de garder un lien avec leurs pays malgré les milliers de kilomètres qui les en séparaient, tout comme il montre la force et la richesse de ces coutumes qu’on a souvent qualifié de sorcellerie mais qui fait partie de la culture de ce peuple. Ce roman montre aussi avec justesse l’oppression des peuples et la dureté des conditions de vie pour les populations Noires aux Etats-Unis, alors que l’esclavage était aboli.

Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même.

Ce roman est à mes yeux un véritable chef d’œuvre, un ouvrage lumineux et incroyable dont on ne peut qu’apprécier la richesse et la densité. La saga familiale créée par l’auteure est précise, documentée et travaillée. Son talent est certain pour l’écriture, sa manière de conter et de raconter entraîne et c’est un véritable plaisir de découvrir un roman à la fois ambitieux et très réussi mais également émouvant et inoubliable. Pour autant, la poésie qui se dégage de chaque mot est telle que l’histoire n’en devient jamais larmoyante. On ressort de cette lecture avec une estime et un respect immenses pour ces vies, ces individus qui se sont battus au nom de l’égalité.

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Un chef d’oeuvre inoubliable, un des romans les plus marquants que j’ai lu dans ma vie de lectrice qui retrace des siècles d’Histoire à travers une lignée incroyable. Esclavage, ségrégation, traite humaine, autant de sujets qui prennent leur sens au cœur de cette saga familiale riche et dense.

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14 commentaires sur “No Home • Yaa Gyasi

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