Historique

Le silence des vaincues • Pat Barker

C’est un des romans que j’avais le plus envie de découvrir parmi les nombreux titres de cette rentrée littéraire. Surtout parce que lorsqu’on me parle de guerre de Troie et d’Achille, je n’ai en tête que le film Troie de Wolfgang Peterson, que j’avais énormément aimé. Merci aux éditions Charleston qui me l’ont envoyé bien avant sa sortie car j’ai pu le lire en avant-première.

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La guerre de Troie, mythe fondateur de toute la littérature européenne, commence par la banale histoire d’une reine enlevée à son époux par un autre homme. Mais, prisonnière du camp grec, une autre reine observe le destin du monde se jouer sous ses yeux : Briséis, la captive d’Achille, par qui la guerre basculera. Presque 3 000 ans plus tard, il est temps d’entendre sa voix – et à travers elle, peut-être, celle de toutes les femmes laissées muettes par l’Histoire et la littérature.

Bien qu’étant assez différent des romans habituellement présents parmi le catalogue des éditions Charleston, ce roman rejoint pourtant en tous points la ligne éditoriale, narrant une épopée résolument féministe et se présentant comme une réécriture de l’Illiade d’un point de vue féminin. Passionnée d’Histoire et de mythologie grecque, j’ai été très intriguée de découvrir l’histoire de Briséis, que je ne connaissais que sous les traits de Rose Byrne dans le film Troie de Wolfgang Petersen et qui ne traduit nullement la réalité historique. C’est donc par l’intermédiaire de cette reine que l’autrice dresse le portrait de la guerre de Troie et des oubliées de l’Histoire.

Les hommes ne le regardent pas. Tant qu’il est là, ils s’activent, portent des seaux d’eau, briquent, lustrent, soufflent sur le métal, vérifient le brillant, frottent encore. Ils sont nerveux, parce qu’il les observe ; ils font des erreurs, parce qu’il les observe. Donc il se force à se détourner. Plus personne ne le regarde désormais en face, comme si son deuil les effrayait. De quoi ont-ils peur ? D’avoir un jour à subir une douleur semblable à la sienne ? Ou de ne jamais pouvoir, d’en être incapables, parce que le chagrin n’est jamais plus profond que l’amour auquel il se substitue.

Reine de Lyrnessos, elle va être enlevée par Achille lors de l’attaque de sa cité par les grecs et se retrouver esclave du grand guerrier. Confisquée ensuite par Agamemnon puis rendue à Achille, elle va passer d’une d’une vie d’épouse respectée à celle d’une prisonnière assujettie de guerre. Très fluide, le récit repose sur ses pensées et la narration de Briséis ainsi que sur des grands événements historiques de la guerre de Troie : l’épidémie de peste noire, le refus d’Achille de combattre, la mort de Patrocle, fidèle ami d’Achille, suivie de celle d’Hector, la venue de Priam, etc.

Que penseront-ils de nous, ceux qui vivront dans ces temps si lointains qu’ils sont inimaginables ? Il y a une chose que je sais : ils ne voudront pas de la réalité brutale de la conquête et de l’esclavage. Ils ne voudront pas entendre parler d’hommes et de garçons massacrés, de femmes et de filles vendues comme esclaves. Ils ne voudront pas savoir que nous vivions dans un camp de viol. Non, ils préféreront une version édulcorée. Une histoire d’amour, peut-être ? J’espère simplement qu’ils arriveront à déterminer qui étaient les amoureux.

Cette histoire vient véritablement éclairer un mythe, de ce point de vue féminin, là où on glorifie sans cesse cette guerre sans penser aux femmes qui ont souffert. L’autrice évoque alors les hommes assoiffés de pouvoir, de sang et de gloire, le sort réservé aux femmes capturées rendues prostituées ou esclaves d’hommes violents. Cette réécriture donne la parole à ces oubliées de l’Histoire, tout en nous présentant des personnages masculins complexes, tiraillés par leur destinés, qui ne sont jamais manichéens. Le silence des vaincues est une de mes plus belles découvertes de cette rentrée littéraire, c’est un récit incroyablement riche que je ne suis pas près d’oublier.

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Un récit qui éclaire, d’un point de vue féminin, le mythe de la guerre de Troie. Briséis, rendue esclave d’Achille suite à l’attaque de sa cité par les grecs, est la narratrice de cette histoire incroyablement riche historiquement. L’autrice, sous ce prisme, rend hommage aux oubliées de l’Histoire et c’est une de mes plus belles découvertes.

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